Music creates order out of chaos: for rhythm imposes unanimity upon the divergent, melody imposes continuity upon the disjointed, and harmony imposes compatibility upon the incongruous.
« La musique fait sortir l’ordre du chaos : le rythme rend unanime ce qui diverge, la mélodie rend continu ce qui est disjoint, l’harmonie rend compatible ce qui est discordant. »

Ce sont les mots de Lord Menuhin, un homme qui était plus qu’un musicien de génie. Grand humaniste, penseur qui avait foi en la paix et l’harmonie dans le monde, il exerça une influence bien au-delà du monde de la musique classique. En homme de grande discipline et de forts principes de vie, il avait la conviction que l’idéal humaniste de l’Europe trouvait sa meilleure expression dans les œuvres des grands compositeurs de la musique classique et il mit tous ses efforts à créer un lien ininterrompu entre créateurs, maîtres et interprètes.

C’est pourquoi il créa en 1977, de pair avec le grand violoniste, musicien et pédagogue Alberto Lysy, l’Académie internationale de musique Menuhin, The International Menuhin Music Academy, en Suisse, qui fut son dernier lieu de résidence dans un pays dont il admirait tant les valeurs.

À la suite du Concours musical international Reine Elisabeth de Belgique dont il fut membre du jury en 1955, Yehudi Menuhin procura une bourse de la Fondation Rockefeller à l’argentin Alberto Lysy, qui en avait remporté un prix. Lysy n’avait alors que de modestes ressources et Menuhin fit de lui son unique étudiant personnel. Tous deux accomplirent de nombreuses tournées à travers l’Europe et fondèrent plus tard ensemble The International Menuhin Music Academy à Gstaad en Suisse.

In memoriam

« Yehudi, un cœur, une conscience pour le monde tout entier, l’éternel enfant-philosophe, la noblesse humaine, la gentillesse royale et le regard d’aigle sur toutes les imperfections, la puissance de l’utopie en action, le dessein des harmonies de l’univers, le culte de l’amour, l’accent du devoir toujours au premier plan de l’instinct, le sens des mots qui portent, la complicité des prophètes dont il est peut-être le dernier en ce siècle tout entier livré au combat du mal et de ce Bien qui chantait par ses mains, et l’intuition heureuse de tout ce qui conforte la justice, de ce qui anime la générosité – il a donné toute sa vie jusqu’au dernier jour, pour sa femme souffrante, pour la musique qui le réclamait jour après jour, pour ses amis trop nombreux, pour cet Invisible dont il était pétri et qui le tient vivant dans nos cœurs, l’homme qui a donné à l’humanité l’image de son impossible dignité, de son invincible mouvement vers la tendresse et la bonté, de sa quête fervente d’un ordre plus heureux, sous l’arc-en-ciel de la Chaconne infinie … 

12 mars 1999 »
(Jean-Jacques Lafaye, Conversations pour un monde meilleur, Paris, Alban Éditions, 2009, p. 14)

Yehudi Menuhin, Notes sur le monde (Londres 1997)

« Je considère que lorsqu’une architecture n’est conçue que pour le profit, ne consiste qu’en une quantité, afin de construire autant de bureaux et de logements que possible pour le moins d’espace disponible – et évidemment cela coûte moins si c’est préfabriqué, qu’il ne reste plus qu’à entasser mécaniquement les éléments les uns sur les autres, les uns à côté des autres en cubes –, cela déprime vraiment, c’est une offense à la vie, à la créativité. La multiplication sans diversité est une forme de suicide, je crois qu’on peut l’affirmer. Dans la multiplication qu’opère la nature, chaque homme, femme et enfant est différent, chaque flocon de neige aussi : donc ici la diversité protège, rend la multiplication possible, non seulement de ce qu’il y a de commun, mais avant tout les possibilités de diversité, tandis que la multiplication technique de nos jours est devenue maléfique. » op.cit. p. 25) « Je dis toujours que chaque fois qu’on empêche le développement de son potentiel, du perfectionnement d’un talent, quel qu’il soit – jonglerie ou musique ou rencontre, la peinture bien sûr, mais l’art en tout cas, l’art de la vie, l’art de vivre, l’art de rencontrer simplement – chaque fois que tout cela est comprimé l’issue est toujours une forme de violence… » (ibid. p. 27) « Tout revient à cette première nécessité de rencontrer l’étranger, lorsqu’on ne le connaît pas, avec sympathie et respect. Je trouve là une clé pour essayer de comprendre l’autre, de le mettre à l’aise pour qu’il puisse répondre, sinon c’est l’autorité et la règle qu’on apprend, et non l’Autre. » (ibid. p. 28) « La question n’est plus celle de la nation et son territoire propre, mais celle des cultures. Les nations protègent des frontières, mais les cultures protègent l’arbre dans le jardin, elles préparent des semences qui partent avec le vent et s’envolent partout, ne connaissent pas de barrière : germes, microbes ou maladies, tout se répand. La nation et l’État souverain défendent des frontières, des murs en somme, tandis que le jardin au contraire les dépasse, dans deux directions contraires. Les États se considèrent encore souverains bien que leur souveraineté ait été très atteinte, et les jardins ne sont pas en mesure de respirer, car ils doivent encore apprendre à respirer les cultures venues d’ailleurs. » (ibid. p. 29) « Ainsi je crois que nous allons simultanément vers une unité plus grande d’un côté, et vers le renforcement d’unités plus petites de l’autre. C’est la seule solution. J’ai dit à mes amis suisses qu’il n’aurait pas fallu dire Non à l’Europe, mais dire « Pas encore », car la Suisse au cours d’un millénaire a su gagner un certain équilibre entre la culture autonome – le canton – et la confédération, et cet équilibre est exactement ce qu’il faut en Europe, dans une nouvelle échelle. C’est le but de mon dernier projet, piloté par ma petite Fondation à Bruxelles (International Yehudi Menuhin Foundation), qui consiste en la création progressive d’une « Assemblée de cultures » à l’échelle européenne, qui réunira les représentants des identités culturelles et régionales par-delà les nations, par exemple les Tsiganes, les Basques, les Corses et tous les autres, pour permettre de nouer d’autres niveaux de dialogues et d’échanges. Ce projet me tient particulièrement à cœur. Il est en quelque sorte le résultat d’une évolution qui part du violon, du métier de violoniste et de musicien, pour donner une voix à ce qui n’a pas encore de voix, qu’il s’agisse d’un instrument, d’une partition ou d’une culture. Cela pourrait aussi, au-delà de l’Europe, faire école. » (ibid. p.30-31)

Principes et objectifs de l’Académie

Acte de Fondation du 3 octobre 1977

Principes

La Fondation, existant sous la désignation de International Menuhin Music Academy a pour but d’entretenir une académie de musique pour le perfectionnement de musiciens de talent désirant se consacrer à la carrière de solistes ou à la musique de chambre.

En tant qu’Académie internationale, l’Académie Menuhin recrute ses élèves dans tous les pays du monde.

Le choix des étudiants doit, entre autres, permettre d’assurer une composition optimale de la Camerata [à l’origine Camerata Lysy, actuellement « Les Solistes de la Menuhin Academy »]

Au contraire d’un conservatoire, l’Académie Menuhin est centrée davantage sur la performance que sur l’instruction, les étudiants sont tenus de donner des concerts dans le cadre de la Camerata.

L’Académie ne demande pas d’écolage. Les étudiants peu fortunés ont la possibilité de solliciter une bourse annuelle.

L’Académie est conçue non comme une alternative, mais comme un complément aux activités des institutions déjà existantes.

Au surplus, elle promeut la présence culturelle de la Suisse à l’étranger et s’efforce de s’intégrer dans la vie musicale suisse et bernoise.

L’Académie tient le public au courant de ses activités par des publications appropriées.

Objectifs financiers

L’Académie est gérée selon les principes de l’économie d’entreprise. Elle est soucieuse de ménager sa fortune. Le résultat financier doit si possible permettre la formation de reéserves nécessaires pour absorber les risques, après couverture de toutes les dépenses.

Le financement des dépenses de l’Académie s’effectue par :

– Des donations de personnes physiques et morales
– Des subventions de cantons et de la Confédération
– Des contributions d’associations de soutien
– Les contributions de la Camerata.

Afin d’assurer la continuité de ses activités, l’Académie établit un plan quinquennal. La révision périodique de ce plan sert de base à l’établissement du budget et des objectifs annuels.

Le Conseil de Fondation approuve le budget annuel jusqu’à fin avril de chaque année.

L’Académie s’engage à tenir à la disposition de ses donateurs des comptes annuels détaillés.

Relations personnelles

L’accomplissement des tâches assignées par l’acte constitutif de l’International Menuhin Music Academy pose des exigences élevées aux membres du Conseil de Fonfation, aux professeurs, collaborateurs et étudiants.

L’Académie s’efforce de créer pour les professeurs et étudiants un climat positif et de faciliter leur intégration dans le milieu suisse.

Les présents principes et objectifs de l’Académie, le règlement administratif, mais surtout la discussion directe sont les moyens qui doivent permettre le développement de rapports harmonieux entre étudiants, professeurs et Conseil de Fondation [ainsi qu’au sein de l’Institut Le Rosey et avec la direction et le personnel du Paul et Henri Carnal Hall depuis que les « Solistes de la Menuhin Academy » sont devenus l’orchestre résident du Rosey, Rolle et Gstaad, en 2015].

Les tâches du Conseil de Fondation, des professeurs et des collaborateurs sont consignées dans des cahiers des charges.

Les droits et obligations des étudiants sont définis par écrit lors de leur admission à l’Académie. Les droits et obligations des professeurs sont déterminés par contrat.

L’Académie Menuhin réclame de tous le respect mutuel de la personnalité de chacun.

Entrée en vigueur

Les présents principes et objectifs de l’International Menuhin Music Academy ont été adoptés par le Conseil de Fondation le 10 novembre 1983, avec entrée en vigueur immédiate.

Le président :

Edwin Oehrli

la vice-présidente :

Käti Jaberg